samedi 12 décembre 2009

En famille, renouer le fil de son histoire

Dans son numéro ce jour, LaCroix publie un important article sur l'adoption, en donnant largement la parole aux adoptés; ce qui est un angle un peu novateur sur le sujet.

Mais comme le site n'est accessible que pour les articles du jour, je me permets ici de reproduire les trois articles in extenso, un post pour chacun


"En famille, renouer le fil de son histoire

Les parents adoptifs eux-mêmes ont à cœur d’introduire peu à peu l’enfant adopté à son passé
L’ouverture à la vérité sur le passé a depuis longtemps pris le pas sur la culture du secret dans les familles adoptives. L’essor de l’adoption internationale s’étant accompagné ces vingt dernières années d’une information plus large – bien que très souvent incomplète – sur les enfants adoptés et leurs origines, les familles vivent aujourd’hui d’autant plus sensiblement ce changement. « Il y a un consensus dans les pays occidentaux comme le nôtre pour dire que les enfants doivent avoir accès à leur histoire, ce qui ne veut pas forcément dire rencontre avec les géniteurs, souligne Bernard Golse, membre du Conseil supérieur de l’adoption et ancien président du Conseil national pour l’accès aux origines personnelles (Cnaop). Ce qui est important, c’est que l’enfant sache qu’il a été adopté, et que son histoire n’a pas commencé dans le ventre de sa mère adoptive. »
Et ce, bien avant que l’enfant ne pose lui-même des questions… « Il n’y a pas besoin d’attendre les grandes discussions solennelles de l’âge de raison, poursuit-il. On conseille ainsi aux parents de profiter de cette période durant laquelle l’enfant n’a pas accès au langage pour faire passer le message émotionnellement. »
Ils évoqueront alors le passé et l’arrivée de leur enfant, puis tôt ou tard l’emmèneront dans le pays d’origine : soit dans la perspective d’un voyage de découverte, soit pour revoir sa pouponnière ou son orphelinat, soit pour retrouver d’éventuels membres de la famille de naissance, selon les attentes des enfants. Thierry de Bailliencourt, souvent de passage à Moscou dans le cadre professionnel, a adopté en 2001 avec son épouse une petite fille de 18 mois dans la région de Driansk. Depuis, les parents cultivent soigneusement son lien avec sa terre de naissance. « On lui a très vite expliqué d’où elle venait, et nous sommes retournés sur place pour ses 3 ans et demi auprès des enfants de l’orphelinat qu’elle avait côtoyés, raconte le père adoptif. On a compris que cette superposition entre la Russie et la France était une richesse plus qu’un ennui. »
Le rapport aux origines peut être vécu différemment selon que l'enfant a été adopté à l’étranger ou en France
Les parents tiennent à partager cette histoire avec leur enfant, et plus encore à l’entretenir. Ce bain voulu dans une double culture se traduit au quotidien : tous les films de la maison sont en russe, leur fille est désormais inscrite dans une école bilingue, et elle vient d’effectuer cet été un camp en Russie. Liés d’amitié avec un membre du consulat à Moscou, les parents l’ont même élu comme «parrain» pour leur fille, comme un trait d’union avec sa culture, depuis qu’il se trouve en représentation à Paris à l’Unesco.
Au plan juridique, la forme de l’adoption plénière, déployée dans les années 1960, contribue à «sécuriser» les parents adoptifs sur le plan du rapport aux origines. Ils se retrouvent pleinement parents en asseyant leur filiation, tout en disposant d’éléments, très variables, sur le passé de l’enfant. Car leur rapport aux origines de l’enfant peut être vécu différemment selon qu’ils aient été adoptés à l’étranger ou en France. « Quand la famille d’origine vit en Haïti, cela paraît loin, évoque Janice Peyré, représentante d'Enfance et familles d’adoption au Cnaop. En revanche, quand on sait qu’elle vit en France, cela peut être un peu plus délicat à gérer, avec la crainte que quelqu’un puisse surgir dans la vie de l’enfant adopté. » En fait l’essentiel est que la famille soit accompagnée, lorsqu’elle reçoit par exemple des données supplémentaires sur le dossier de l’enfant. L’association Enfance et familles d’adoption préconise ainsi que le Cnaop soit plus attentif au suivi des familles dans ce sens.
Il ne s’agit pas non plus de « s’enfermer dans la prime aux origines biologiques, car l’enfant cherche aussi l’histoire de ses premiers liens, insiste Bernard Golse. Dans ce qu’on appelle la quête des origines, il y a la carte génétique, mais aussi ce qui s’est passé pendant la grossesse, à l’orphelinat ou à la pouponnière. » Retourner au « berceau » peut constituer une étape particulièrement symbolique. Des années après le retour des Bailliencourt avec leur fille sur le lieu de son adoption, la petite Marie-Alizée, du haut de ses 9 ans, leur « parle encore souvent » de ses souvenirs à l’orphelinat. Des souvenirs qui relient ses parents adoptifs à son histoire personnelle."
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1 commentaire:

  1. Je voudrais juste faire une remarque sur la phrase ci-après que je ne comprends pas.
    "Liés d’amitié avec un membre du consulat à Moscou, les parents l’ont même élu comme «parrain» pour leur fille, comme un trait d’union avec sa culture, depuis qu’il se trouve en représentation à Paris à l’Unesco."
    Je pense qu'une culture n'est pas innée, mais qu'elle s'acquiert avec les parents qui construisent l'enfant tout au long de l"enfance.
    Des fois, j'ai vraiment l'impression que les parents essaient de persuader l'enfant de faire des recherches, alors qu'il n'y pense pas, comme s'ils avaient une culpabilité. C'est bizarre. Certains parents adoptifs ne se considèrent pas être des vrais parents !
    De plus, on vit dans une famille et je ne comprends pas pourquoi on parle de famille pour les parents de naissance (qui ne sont plus parents).
    Mes enfants connaissent parfaitement leur histoire, mais il est certain que ni eux ni nous (mon mari et moi) ne mentionnons les mots "parents" ou "famille" pour désigner les personnes qui les ont mis au monde. Ils ont un vécu de quelques moi, mais les choses sont claires et ils sont sécurisés. Nous ne renions rien de leur passé de quelques mois et parlons tout naturellement de leur pays de naissance et de l'adoption (qui pour nous est une vraie famille).
    Nous irons certainement un jour tous en vacances pour découvrir leur pays de naissance.

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